06/02/2019
Le français qu'on cause
On me taille assez couramment, plutôt pour le pire que pour le meilleur, un costume d’intello. Dont la principale manifestation consiste à écrire en respectant l’orthographe. J’ai donc, très logiquement, sursauté lors du récent « Baromètre Voltaire ». Sur un échantillon assez large de 100000 sondés, une petite moitié des cadres d’entreprise maîtrise l’orthographe. Plus ennuyeux, chez les étudiants, ils ne sont plus que 44%.
Pas vraiment étonnant quand on observe que là où on pratiquait un français correct, les journaux, les livres mêmes, le laisser-aller domine outrageusement. Inutile d’incriminer ceux-ci ou ceux-là, on en est là ! Ce qui autorise une tolérance dont abusent les présentateurs de radio ou télé, et leurs invités.
Dans ces conditions, le « parler-texto » fleurit mieux que les roses de mon jardin. Ce nouveau langage atteint son apogée sur les réseaux sociaux, réceptacle obligé du grand n’importe quoi qu’ils véhiculent. Avec une notable recherche d’originalité. Par exemple, on n’écrit pas : dès que possible. On lui préfère, tellement plus classe, ASAP (as soon as possible)
Notre pays, tellement féru de clans antinomiques, droite/gauche, machistes/féministes, ne pouvait manquer d’opposer au langage vulgaire un regain de termes riches. Et pour montrer qu’on n’est pas tombé de son dernier bac, on en remet une couche. C’est ainsi que fleurissent les « oxymores », les « hubris », les « paradigmes ».
Et on est créatif, on forge des « démocratures », des « happycraties », voire des « capitalocènes », tous vocables qu’on ne case pas facilement dans la conversation et d’ailleurs peu entendus dans les interviews de gilets jaunes. C’est bien le problème, celui du juste milieu : comment parler pour être compris. A l’époque où le ridicule ne tuait déjà plus guère, Mitterand, lettré s’il en fut, nous avait fait une petite scénette avec Mourousi en se targuant d’une maîtrise du « chebran ».
Dans notre langue si riche on doit pouvoir trouver des mots, des phrases pour exprimer clairement, simplement, et dès l’école, à quoi servent les impôts, les représentants élus. Cela pourrait permettre, peut-être, d’obtenir une adhésion, plutôt que le refus, à ces piliers qui assoient notre république.
08:55 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)
30/01/2019
Il n'y a pas que 5 fruits et légumes
Au cas où cela vous aurait échappé le « Mercato » vient d’ouvrir. C’est ce grand marché dans lequel les clubs de foot huppés viennent acheter à coup de millions les stars aux pieds d’or avec lesquels ils vont redorer leur blason. Passé le moment de scandale, ce truc m’indiffère profondément.
Selon quelques infos glanées autour de moi, je ne devrais pas. Un retraité d’un certain âge doit s’installer confortablement dans un fauteuil, avec pour seul exercice une pression du pouce droit sur la zapette pour être au fait des derniers avatars de Neymar ou Mpapé. Et pour la main gauche une bière à bonne température.
Pour moi, une bière rend tout son arôme, par exemple, à l’arrivée au Col du Triglav, ou simplement en conclusion d’une étape. C’est dire si je ne suis pas un retraité conforme, à l’image des 2000 participants de mon club qui préfèrent le sport.
Nous sommes justement en pleine saison de ski de fond. A nous les longues glissades où, comme la semaine dernière, on embarque de la belle neige fraîche sur les spatules. Le pas alternatif oublié depuis des lustres se rappelle à mon bon souvenir avec les orteils qui souffrent et leur symptôme de l’ongle noir malgré de très couteuses chaussures. Mais cela n’atténue pas mon plaisir d’autant que le club m’offre bientôt mon petit mercato : le programme des sorties à vélo 2019.
Le vélo-paradoxe : ce n’est pas l’homme qui dompte la machine, c’est la machine, la selle en l’occurrence, qui dompte les fesses chaque début de saison. Une nouvelle fois, malgré toutes les combinaisons de braquet, on devra constater qu’on doit appuyer sur les pédales, surtout si çà monte.
Et voila comment parmi toutes les agitations du retraité, il y a celle du sport. A mon âge, je ne peux pas douter que le train de la vie va vers un terminus. Mais passées encore quelques gares, on a envie d’y arriver en bonne santé. Un caprice de vieux !
10:37 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0)
23/01/2019
Un journal, des journalistes, des "journaleux"?
J’ai envie aujourd’hui de dénoncer cette manie qui prolifère, celle de ranger des gens dans des cases et uniformisés alors sous l’article défini LES. C’était frappant à propos de cette multitude de citoyens, ainsi désignés, les gens des classes moyennes. En oubliant que, statistiquement, la classe moyenne couvre 6 ou 7 déciles de population. Donc forcément assez différents. Quant à généraliser en parlant de cet ensemble très hétérogène, les français, on voit que le moment est plutôt mal choisi.
Pas très rigoureux, je vais justement tomber dans le travers dénoncé plus haut. Et parler d’une corporation mise en évidence ces temps-ci : les journalistes rangés dans un même sac, du moins pour les critiques. On leur reproche d’avoir sacrifié l’analyse au profit de l’immédiateté. Pour leurs lecteurs, passablement fans des réseaux sociaux, ils font monter la mayonnaise sur un mot, une phrase mis en exergue. Et puisqu’on vit dans l’image, ils piquent sur celle qui fera mouche. Les « gilets jaunes » ne leur doivent-ils pas quelque peu leur mise sur le devant de la scène ?
D’autres critiques plus sournoises en font les servants dévots des milliardaires qui ont investi dans les médias. Je crois ces magnats assez intelligents pour laisser aller son chemin un titre qui s’est forgé une image depuis des décennies.
On leur prête aussi des revenus plantureux. Mes sources confirmées leur laissent en tous cas la fameuse niche fiscale qu’on peut leur envier. Mais sur les 600 niches encore en place, ce n’est pas forcément la 1ère à faire sauter. Et d’ailleurs, ne méritent-ils pas un bonus ces forçats des news prêts à sauter sur le Nagra à la moindre séquence explosive ou à se lever aux aurores pour assurer le journal à l’heure où les autres partent au boulot.
Reproches fondés ou non, je trouve insupportable dans un pays affiché démocratique qu’ils soient injuriés sur de douteux motifs. Quelques excités, sous couvert de la révolution jaune, ont é té jusqu’à en tabasser plusieurs, de toutes obédiences d’ailleurs. Est-ce que ce « peuple » ne supporte plus la réalité des faits ? Préfèrerait-il vivre chez Erdogan chez qui il n’y aura bientôt plus de journalistes ?
Il y avait chez mes proches 2 journalistes. Ils ont quitté le métier, donnant à penser qu’ils ne croulaient pas sous des liasses d’euros et qu’ils ne se prélassaient pas dans leur petit jardin d’Eden. Et d’ailleurs, dans les métiers préférés des français, la profession accroche péniblement le top 10 à la dernière place, après les cuisiniers, les vétérinaires. C’est dire ! Et malgré ce brouillamini, surexposé en ce moment, j’espère qu’on aura toujours de ces forçats de la vraie nouvelle, pesée, vérifiée, pour qu’on croie encore mériter notre démocratie.
11:11 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1)